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Pseudo-Denys l'Aréopagite 

 

L'idée de la coïncidence des opposés que Nicolas de Cues présente comme une révélation lui a été sans doute été inspirée par la lecture de Denys l'Aréopagite qui, dans Les noms divins, oppose la théologie affirmative et la théologie négative, pour dépasser leur opposition dans la théologie mystique. On peut y apprendre, par exemple, que "Dieu répand partout son identité, parce qu'il contient d'avance en soi sous le mode de l'identité jusqu'aux opposés eux-mêmes, en tant que Cause unique, unifiante et transcendante de toute identité." (Pseudo-Denys l'Aréopagite, Les Noms Divins, chap. IX, §.4., trad. M. de Gandillac, Paris, Aubier, 1943, p. 156). 

Pour N. de Cues, la contradiction relève seulement de l'ordre du discours ; c'est un principe de la dialectique qu'il considère comme une technique simplement verbale. Aussi, prétend-t-il dépasser les mots pour dire l'être. On peut mettre à l'épreuve cette prétention lorsque N. de Cues parle de l'opposition des opposés : "j'ai démontré que Dieu est au-delà même de la coïncidence des contradictoires, puisque d'après Denys il est l'opposition des opposés." (Apologia doctae ignorantiae, Herder, I, 550). On peut se dire que le Cusain joue sur les mots, qu'il cultive le paradoxe. Prise à la lettre, l'expression " opposition des opposés " semble contredire l'expression " coïncidence des opposés ". Mais comprise dans son mouvement interne, elle signifie que Dieu s'oppose à l'opposition en lui, c'est-à-dire qu'il est l'absolue identité à soi. Elle signifie aussi que Dieu est avant toute opposition, qu'il préexiste à toutes les oppositions qui sont dans les choses créées. 

On peut admettre que la définition suivante de la paix, que l'on trouve chez Denys l'Aréopagite, a pu inspirer profondément Nicolas de Cues : "la Paix parfaite répand, en effet, sa plénitude à travers tous les êtres, grâce à l'immanence parfaitement simple et sans mélange de sa puissance unificatrice. Elle unifie toutes choses en liant à travers les moyens les extrêmes aux extrêmes, en les soumettant à l'unité d'une amitié qui les rend homogènes." (Pseudo-Denys l'Aréopagite, Oeuvres complètes du Pseudo-Denys l'Aréopagite, trad. M. de Gandillac, Aubier, 1943, rééd. 1980, IX, 2, § 411, p. 166.). La paix se répand dans les êtres. La paix est développement de la puissance divine. La paix réconcilie les extrêmes. La paix rend homogènes les termes extrêmes grâce aux moyens termes. 

 

PSEUDO-DENYS, Oeuvres complètes du Pseudo-Denys l'Aréopagite, trad. M. de Gandillac, Paris, Aubier, 1943, rééd. 1980.