François Rabelais (1494-1553)

 

L'oeuvre de Rabelais comporte tant de références aux humanistes de son époque qu'on y trouve nécessairement des points communs avec les préoccupations de N. de Cues. Ainsi le thème de Dieu comme sphère infinie est-il utilisé au Tiers livre (chapitre 13, in Pléiade, pp. 371-372) et au cinquième livre (chapitre 47, in Pléiade, p. 888). S'agit-il bien d'une influence du Cusain ? Dans la mesure où, dans ces deux occurrences, la sphère infinie désigne Dieu et non "la machine du monde", il semble plutôt que Rabelais reprenne un "topos" médiéval des plus classiques. De même, le recours fréquent à la coïncidence des opposés semble davantage provenir des lecteurs du Cusain - Charles de Bovelles ou Erasme ? - que de Nicolas de Cues lui-même.

Rabelais donne cependant deux références explicites  à l'oeuvre du Cusain : - à propos de la conjecture des derniers jours : ... de trente sept jubilez nous n'aurons le jugement final, et sera Cusanus trompé en ses conjectures ; (Pantagruel, chapitre 14, in Pléiade, p. 226) et à propos de la toupie de Platon qui symbolise le mouvement sans déplacement : lors d'un bal, les danseurs tournent sur eux-mêmes. Et les voyans sus un pied tournoyer après la révérence faicte, les comparions au mouvement d'une rhombe girante au jeu des petis enfans moyennant les coups de fouet, lorsque tant subit est son tour que son mouvement est repos, elle semble quiète, non soy mouvoir, ains dormir, comme ils le nomment. Et y figurant un point de quelque couleur, semble à nostre veue non point estre, mais ligne continue, comme sagement l'a noté Cusane, en matière bien divine.  (Cinquième livre, chapitre 25, in Pléiade, p. 821)

 

Rabelais, François, Oeuvres complètes, Paris, nrf. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1955.

Milhe Poutingon, Gérard, Rabelais et la logique des opposés : une dialectique implicite, Thèse de Doctorat, Paris X, 1995.