CERCLE (circulus)

La pensée conçoit que le cercle est la figure telle que toutes les lignes tirées de son centre vers sa circonférence soient égales entre elles, alors que, selon ce mode-ci d'existence, il ne saurait exister aucun cercle hors de la pensée et dans la matière. Il ne se peut, en effet, que soient données dans la matière deux lignes égales, et moins encore qu'un tel cercle soit figuré. C'est pourquoi le cercle dans la pensée est le modèle et la mesure de la vérité du cercle tracé sur le sol. Le cercle est donc une figure abstraite et pure. Le cercle est l'image de l'éternité car il n'a ni commencement ni fin. Le cercle est la forme des créatures les plus parfaites, les plus semblables à leur créateur, c'est-à-dire la forme des intelligences célestes. Le cercle est la figure parfaite de l'unité et de la simplicité. Le cercle engendre la sphère qui est la figure corporelle la plus parfaite.

Pourquoi choisir le cercle comme symbole de Dieu ? A la différence de la conception moderne des figures qui sont un agencement de points et de lignes, Nicolas de Cues conçoit encore le cercle comme une surface, ce que nous appelons aujourd’hui un disque. Ce qui lui importe, c’est la fonction de limite d’une surface. Le cercle est un maximum car c’est la figure qui contient la plus grande surface possible ; il le définit comme un polygone régulier d’un nombre infini de côtés dont on ne peut dénombrer les angles par un nombre fini.

Le cercle revêt bien entendu de très riches connotations symboliques, comme celle de l’éternité : n’ayant ni commencement ni fin, il est le symbole de l’éternité inaccessible à un être fini et il figure la toute puissance du Père éternel. Descendant du ciel sur la terre, celui-ci passe du cercle au carré, et le mathématicien, par la quadrature du cercle, s’élèvera symboliquement du carré au cercle. La métaphore du cercle infini qui devient une ligne droite, par laquelle le Cusain a commencé ses exemples mathématiques dans la Docte ignorance, n’a jamais été abandonnée : elle reviendra jusque dans son tout dernier écrit mathématique.


De docta ignorantia, §§. 35, 40, 63 à 65

De coniecturis, §§. 54, 168

De mente, §. 103

Complementum theologicum, §§. 3 à 9

De ludo globi, §§. 3, 4, 49, 104